Où en êtes-vous avec l’alcool ?

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« À votre santé ! ». Prendre un verre entre amis, c’est très agréable. Mais quand on se laisse entraîner à en boire plusieurs d’affilée, parfois même tous les jours, ça peut devenir un véritable problème. À partir de combien de verres, une consommation devient-elle excessive ? Quand devient-on dépendant de l’alcool ? Quelles sont les conséquences sur la santé ? Comment s’en sortir ? Ce dossier tente d’apporter des réponses à toutes ces questions.

en bref

  • Il existe différentes formes de consommation d’alcool : régulières ou occasionnelles, modérées ou exagérées.
  • Il y a un risque de dépendance associée à ces différentes formes de consommation.
  • La dépendance à l’alcool a de graves conséquences pour la santé physique et psychologique.
  • On peut se soigner et s’en sortir. La décision d’arrêter de boire doit être mûrie et s’inscrire dans un choix de vie.

Quel buveur(se) êtes-vous ?

Il y a de nombreuses  façons de boire : un peu, beaucoup, exagérément, de temps en temps, régulièrement… Pour certains, boire tous les jours est comme une habitude. Sans être jamais ivres, ils n’en sont pas moins en danger. Car c’est une forme de dépendance qui passe le plus souvent inaperçue !

Pour d’autres, c’est plus spectaculaire : l’alcool est essentiellement lié à la fête. Ils ne boivent pas en semaine, mais peuvent se soûler le week-end.

Enfin il y a ceux pour lesquels l’alcool n’est plus du tout un plaisir, mais un besoin. Ils sont « alcoolodépendants », en d’autres termes « alcooliques ».

« Boire trop », qu’est-ce que ça veut dire ?

Peut-on dire qu’au-delà de 4 ou 5 verres, on boit trop ? Quelle est la limite ? Ce n’est pas si simple. Même en petites quantités, l’alcool peut présenter des risques.

Pour apporter une réponse à cette question, les experts ont défini des repères, c’est-à-dire des types de consommations qu’ils jugent dangereuses : la consommation à risque, la consommation nocive et l’alcoolodépendance (c’est-à-dire l’alcoolisme).

  • La consommation à risque : vous buvez, mais pour le moment, vous n’avez pas de problèmes médicaux, professionnels ou relationnels. Pour limiter les risques pour la santé, les experts ont établi des limites : pas plus de 2 verres par jour pour les femmes,  et 3 verres pour les hommes, avec au moins un jour dans la semaine sans alcool. Et le week-end, si vous êtes invité à une fête, ils conseillent de ne pas aller au-delà de 4 verres. Soyons clairs : ils n’incitent pas à boire 2 ou 3 verres par jour, mais donnent la limite à ne pas dépasser.
  • La consommation devient nocive quand elle commence à poser des problèmes : maladies, difficultés professionnelles, soucis conjugaux… À ce stade, il est souhaitable de réduire fortement votre consommation, et si possible d’arrêter totalement de boire.
  • Au stade de l’alcoolodépendance, vous ne maîtrisez plus votre consommation. Vous ne pouvez plus vous passer de boire de l’alcool. Et quand vous arrêtez brutalement, vous avez ce qu’on appelle les « symptômes de sevrage » : anxiété, tremblements, sueurs, agitation… Vous vous remettez alors à boire pour calmer ce mal-être. 

Quelles conséquences sur la santé ?

En buvant, vous mettez votre santé en danger. L’organe le plus exposé, c’est le foie : la cirrhose, qui est la maladie des alcooliques, détruit progressivement ses cellules. Mais l’alcool favorise aussi l’apparition de cancers de l’appareil digestif : la bouche, la gorge, l’œsophage, le foie, le côlon, le rectum… auxquels il faut ajouter celui du sein chez les femmes. L’alcool favorise également les maladies cardio-vasculaires : hypertension, accidents vasculaires cérébraux (AVC) et infarctus du myocarde.

Autres troubles causés par l’alcool, l’anxiété et la dépression. Ils se retrouvent souvent chez les personnes qui boivent trop. Même si parfois les médecins s’interrogent sur ce qui est la cause, ou la conséquence : ces troubles sont-ils dus à une consommation excessive d’alcool ? Ou est-ce parce que l’on se sent mal que l’on cherche refuge dans l’alcool ? Une chose est sûre : il faut déjà résoudre le problème de l’alcool. 

Quelles conséquences sociales et relationnelles ?

L’alcool a aussi des effets négatifs sur le comportement et le caractère : agressivité, violence, vous ne supportez pas la contradiction… Vos amis prennent alors leurs distances et votre couple est sous tension. Parfois, il n’y résiste pas.

La vie professionnelle s’en ressent aussi inévitablement : une personne qui boit a plus de mal à se concentrer, a des trous de mémoire et perd son efficacité. Cela peut se terminer par un licenciement…

Comment se soigner et à qui s’adresser ?

Vous sentez que votre consommation devient problématique, que les relations avec vos proches se tendent, que l’alcool vous isole de plus en plus, que vos amis vous évitent, que ça commence à vous jouer des tours dans votre travail…

Vous ne supportez plus de boire en cachette, de nier l’évidence. Vous savez, au fond de vous, que ça ne peut plus durer… Si vous souhaitez arrêter de boire et mettre fin à vos souffrances et à celles de votre entourage, consultez votre médecin traitant qui vous adressera à un service d’alcoologie à l’hôpital ou à un centre de soins spécialisé. 

4 étapes pour en finir avec l’alcool

La « rupture » avec l’alcool est une démarche longue que vous êtes le seul à pouvoir mener à bien. Arrêter de boire ne se fait ni dans l’urgence ni sur un coup de tête. C’est une décision mûrement réfléchie qui doit s’inscrire dans un choix de vie. Un chemin en plusieurs étapes.

  1. La première est de reconnaître votre dépendance et d’admettre que vous avez besoin d’aide.
  2. Vous pouvez décider d’être sevré (c’est-à-dire d’arrêter totalement de boire) soit à l’hôpital, soit à domicile. Dans les deux cas, on vous prescrira un traitement, notamment des calmants pour lutter contre les tremblements, l’anxiété, l’insomnie.
  3. Une fois ce cap franchi, vous devrez « apprendre » à vivre sans alcool. C’est la phase la plus importante, celle qui vous permettra de « tenir » et de ne pas faire de « rechute ».
  4. Enfin, vous devrez vous stabiliser, trouver un nouvel équilibre sans alcool. Seul, c’est difficile. Sortez de votre isolement et prenez contact avec des groupes de parole ou des associations d’entraide.

Un de vos proches boit trop. Quelle attitude avoir, comment l’aider ?

Votre fils, votre mari, votre femme, votre mère ou votre meilleur(e) ami(e) ont des problèmes d’alcool. Quelques conseils extraits de l’ouvrage de Philippe Batel et Serge Nédélec : Alcool : de l’esclavage à la liberté, aux Éditions Demos (2007).

A ne pas faire :

  • ne rien dire : l’alcool est un problème trop important pour laisser faire sans intervenir ;
  • faire la morale, vous montrer menaçant(e), hausser le ton : cela aura pour seul effet de culpabiliser la personne qui boit et d’empêcher toute communication ;
  • contrôler sa consommation ou limiter ses moyens financiers : l’alcoolique, s’il veut boire, saura parvenir à ses fins ;
  • jouer le soignant : il est préférable de s’adresser à de vrais professionnels qui sauront l’accompagner ;
  • accepter de subir la violence verbale ou physique : vous devez vous protéger.

Ce qui est recommandé :

  • être le plus authentique possible : dire ce que vous ressentez face à ce problème d’alcool, en nommant de manière explicite l’alcoolisme ;
  • parler de votre propre souffrance face à cette situation ;
  • reconnaître ses efforts pour diminuer ou arrêter sa consommation, même s’ils ne sont pas toujours couronnés de succès ;
  • continuer à considérer la personne comme quelqu’un(e) de responsable de lui-même/d’elle-même ;
  • poser vos limites, mais attention, le chantage au départ ou la menace de sanctions ne servent à rien s’ils ne sont pas suivis des faits ;
  • être patient(e)…